SUZANNE Jean

Vit et travaille dans le Tarn et Garonne

A l’instar d’un silencieux démiurge, 
Jean Suzanne organise un monde calme, apaisant, où la pesanteur de la matière devient élan, surgissement, élévation. Ses constructions, aux résonances de prières, montent à la lumière pour imposer leur force méditative. Et par là, appartiennent toutes, quelle que soit leur taille à l’ordre du monumental.

Songes d’acier, elles vibrent de sous-terraines tensions telluriques et font lien avec le monde. 
La grandeur de cet ensemble tient à la simplicité d’écriture de l’artiste, à l’unicité du matériau mis en œuvre.

Après bientôt quelques trente années de pratique pendant lesquelles il a mêlé le bois, le fer, l’acier, les éléments mécaniques, il s’attache aujourd’hui exclusivement à son matériau de prédilection: l’acier coulé, l’acier forgé, l’acier découpé…..Son vocabulaire s’allège également: la ligne, le plan. 
Si quelques pièces laissent encore percevoir cette sorte de colère qui nouait, boursoufflait, brutalisait le métal, et faisait émerger du chaos originel ces lames blanches, comme des montées d’espérance, les sculptures plus récentes, lisses et douces au regard dégagent un sentiment d’accomplissement, de plénitude.
Toujours duelle, la sculpture de Jean Suzanne se joue de l’espace où file la lumière 
dont les vibrations, insensiblement, lui donnent vie et mouvement.
Côte à côte, face à face, ces constructions – ces figures?- dialoguent, dansent, reposent…..Dissociées dans la verticalité ou unies de traverses horizontales, elles imposent un équilibre altier encore jamais égalé dans l’œuvre de l’artiste. Leur peau se réchauffe de tons taupes et châtaignes, sans doute pour mieux épouser la nature où elles se déploient, et ainsi, comme veloutée, adoucit la lumière qui, par contraste, frappe ailleurs le métal laissé à vif. Jeu de textures, jeu de couleurs, pour un jeu de formes pures où les angularités répondent aux courbes légères nées d’un geste plus tendre: aux effets d’un travail conscient et réfléchi se superpose l’élaboration inconsciente de la forme qui, loin d’une réflexion constructive mécanique ou mathématique, seule révèle l’engagement profond de l’artiste. 
La rigueur du sculpteur-architecte se tempère de sensualité, le caractère baroque de la sculpture s’estompe…..
La simplification des volumes prédomine, et, dans la plus grande retenue l’oeuvre s’affirme, élégante et puissante. Jean Suzanne aboutit là une création essentielle où, dans l’intimité de sa solitude, chaque sculpture touche au dépouillement de la sagesse.

lionelle courbet.